mercredi 31 mai 2006
Ma course
Françoise l
mercredi 31 mai 2006 - 15:54
Catégorie : Journal Championnats France LD 2006
Le signal retentit, je me déporte un peu à l'extérieur pour éviter les coups, une monopalme me claque violemment sur les doigts, ça me fait peur mais heureusement ce n'est rien. Et c'est parti, voilà je suis dans la course. J'essaye de ne pas aller trop vite. Je sens que je me déporte trop vers l'extérieur, je ramène. Je vise vaguement le petit arbre mort, mais est-ce bien le petit arbre mort que j'entrevois à chaque levée de tête ? Je pense à mon mouvement, mon bassin, jambes tendues, bras tendus. Je manque la première bouée mais ce n'est pas grave, ce n'est pas une bouée de contrôle. Je finis par apercevoir la bouée n°2. C'est une grosse bouée gonflable jaune. Elle est grosse alors elle ne s'approche pas vite... Je tourne bien les bras en passant la bouée, je revois les entraînement du stage, je sors un peu la tête de l'eau pour sourire aux juges qui sont dans le bateau et je change de direction. Maintenant, plein cap sur la bouée rouge. Je me prends le clapot de face. Je me lance vers une tache rouge mais je m'aperçois tout à coup qu'il s'agit d'un bateau et pas de la bouée. Je rectifie le tir. Il y a des nageurs autour de moi, sur les côtés, j'essaie de les semer mais dès que j'ai l'impression d'avoir pris de l'avance, ils remontent. Je décide d'arrêter de les surveiller. Le clapot est assez violent, chaque levée de tête est une prise au vent. J'essaie de lever la tête moins souvent, tous les 12 mouvements, c'est bon j'arrive à garder le cap, tous les 15 mouvements, c'est bon. L'eau rentre dans mon tuba à cause du clapot, quand je ne peux pas la souffler, je l'avale, le sel m'écoeure.
Je passe la bouée rouge, un regard vers les juges, ouf plus de clapot, je vise la grosse bouée jaune qui se trouve près de l'arrivée. Quand j'y serai j'aurai fini le premier tour, j'aurai dépassé la moitié donc le plus dur sera fait. Je me relance pour garder un bon rythme, j'ai l'impression que je pourrai le tenir, je veux me débarrasser de ceux qui m'entourent, il me semble que je m'oriente mieux qu'eux. Je prends un rythme de 12 mouvements.
Je passe la bouée jaune. Du coin de l'oeil je vois l'entonnoir d'arrivée et je me dis que j'ai hâte de repasser par là... C'est reparti pour un tour. Je me relance. Tu es aux championnats de France, tu t'es bien entraînée tous ces mois, c'est le moment de donner le meilleur. Cette fois je vois la bouée intermédiaire, mais la bouée jaune du fond me paraît encore plus éloignée qu'au premier tour. Quand je vire en direction de la bouée rouge, je commence à sentir la fatigue. Je retrouve le clapot. Ran, ran, ran, "j'avance toujours, j'avance", je me laisse porter par le rythme de la nage, dès qu'il baisse je relance. Je reprends mon rythme de 15. Le temps se distend. Il me semble que cela fait très longtemps que je nage. Je me dis que je vais dépasser les 1 h 30 (j'ai une très bonne horloge interne !) et ça me déçoit car j'ai l'impression de nager plus vite que d'habitude. Le capot me fatigue beaucoup, je bois de plus en plus d'eau par le tuba et j'ai la nausée. Je me demande si je vais vomir comme Quentin à St Nazaire, quelle horreur, j'arrête de pense à ça. Je vire à la bouée rouge, wouha ça va mieux.
C'est la dernière ligne droite. Plus que 800 m et je serai à la dernière bouée. J'accélère, je me dis que s'il y a quelqu'un derrière moi, ce serait bête de me faire doubler à la fin. Je me dis que ceux qui me suivent sont en train d'accélérer eux aussi. Qu'elle est grosse et loin de moi cette dernière bouée ! Je la passe enfin, petit regard vers les juges et je vise l'entonnoir. Catherine m'a dit : vise la tâche blanche du plan incliné, j'exécute. Je vois sur les bord de mon champ de vision les deux bouées oranges de l'entonnoir. Je crois qu'il s'agit des bouée d'entrée mais je me rends compte ensuite qu'il s'agit des bouée de sortie, celles qui tracent la ligne d'arrivée. Alors je sprinte à fond, je donne tout et j'ai l'impression qu'il me reste encore du jus, bof pas tant que ça finalement. Je veux avoir un beau style de nage pour passer la ligne, on me regarde. Et voilà, c'est fini.

Je suis très heureuse, j'ai tout donné, je suis restée bien concentrée et positive. Sur le bord, mes amis sont là et me font signe. Quel bonheur d'être attendu par quelques uns. J'arrache mon tuba, mon pince-nez et je respire librement. J'ai l'impression que je bois l'air comme un verre de lait frais. Je rejoins le plan incliné pour sortir. Ils sont là, avec mes claquettes, photos, sourires. Catherine m'annonce mon temps et mon classement : je suis 13e femme en 1 h 34. Je suis déçue par ce temps, j'aurai voulu faire moins d'1 h 25 mais j'apprendrai ensuite que ça a été long pour tout le monde. Le classement n'a pas tellement d'importance pour moi. Il signifie surtout que je ne suis pas dernière, que j'avais ma place dans ce critérium, que je n'ai pas à avoir honte. Comme je suis contente de l'avoir fait, comme j'ai bien fait d'écouter vos conseils. La position debout est difficile à retrouver, je trébuche.

Je retrouve René qui a bien nagé et Jérôme qui pense malheureusement être disqualifié. Je suis très déçue pour lui.

Mes pieds saignent un peu mais je ne sens rien. Je suis bien.













